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Transcription

La philosophie du droit naturel

Reposons les bases

Introduction

Le droit naturel est la théorie sur laquelle s’appuie les libertariens afin de penser l’ordre social, autrement dit le “vivre ensemble”. Ils sont d’ailleurs les seuls à le faire dans le champ social, là où chacun semble s’exciter sur ses préférences sans jamais s’astreindre à la rigueur conceptuelle. Laissez-moi alors vous dresser un portrait du droit naturel, qui vous suffira amplement à l’appréhender.

Pour les non initiés et les chercheurs de réponse, il vous faut savoir à ce stade que le droit naturel est celui que les hommes s’accordent entre eux, qu’il est universel et indispensable à l’équilibre des sociétés humaines. Mon article débute par un tour d’horizon historique, mais ne vous en faites pas, je reviendrais plus tard sur une définition très précise du droit naturel.

I. Panorama historique des auteurs sur le droit naturel

A. Antiquité

L'Antiquité marque le début d'une longue quête philosophique pour comprendre et articuler les principes fondamentaux du droit naturel. Cette période, riche en réflexions profondes sur l'éthique, la justice et la société, a posé les premiers jalons de ce qui deviendra plus tard la théorie du droit naturel.

Aristote, l'un des piliers de la philosophie antique, a joué un rôle déterminant dans l'élaboration des premières conceptions du droit naturel. Dans son œuvre "Éthique à Nicomaque", il distingue deux formes de justice : la justice distributive, qui concerne la distribution proportionnelle des biens, et la justice corrective ou rectificative, qui traite de la correction des torts dans les transactions volontaires ou involontaires. Cette dernière forme est étroitement liée à ce qu'on pourrait appeler le droit naturel, car elle vise à rétablir un équilibre rompu, selon des principes qui semblent universels et immuables.

Aristote avance l'idée que la justice naturelle, contrairement à la justice légale ou conventionnelle, n'est pas le produit des lois particulières de chaque société mais découle de ce qui est intrinsèquement juste. Selon lui, cette justice naturelle repose sur un principe d'équité (épikéia), une forme de justice supérieure qui corrige et guide l'application des lois écrites lorsque celles-ci se révèlent défaillantes ou incomplètes.

Après Aristote, les Stoïciens ont élargi la portée du droit naturel en introduisant l'idée d'une loi universelle, gouvernée par la raison, qui s'applique à tous les êtres humains sans exception. Cette loi stoïcienne de la nature représente un ordre rationnel auquel tous les hommes, en tant que créatures rationnelles, peuvent avoir accès grâce à leur faculté de raison. Pour les Stoïciens, vivre en conformité avec cette loi naturelle est synonyme de vertu et constitue la voie du bonheur.

Le cosmopolitisme stoïcien, fondé sur une vision d'une humanité unie sous la même loi rationnelle, a contribué à forger une conception du droit naturel comme un ensemble de principes universels, transcendant les divisions culturelles et politiques. Cette perspective a non seulement enrichi le débat philosophique de l'époque mais a également jeté les bases d'une pensée juridique qui reconnaît l'existence de droits et de devoirs inhérents à la condition humaine elle-même. Bien sûr, ni Aristote ni les Stoïciens ne virent tout à fait juste, mais nous constatons déjà une ébauche du droit naturel.

B. Moyen Âge

Le Moyen Âge représente une période cruciale dans le développement de la philosophie du droit naturel, marquée par une synthèse remarquable entre la pensée aristotélicienne et les principes chrétiens. Au cœur de cette évolution se trouve Thomas d'Aquin, dont l'œuvre a profondément influencé la compréhension du droit naturel dans le contexte médiéval et au-delà.

Thomas d'Aquin, en s'appuyant sur l'héritage philosophique d'Aristote et sur la doctrine chrétienne, a mis sur papier une vision harmonieuse du monde où la foi et la raison coexistent et se complètent. Dans cette optique, la loi naturelle n'est pas seulement un ensemble de principes rationnels découverts par l'homme, mais elle est également une manifestation de la loi divine, inscrite dans le cœur de l'être humain par le Créateur.

Pour d'Aquin, la loi naturelle est une participation à la loi éternelle de Dieu, qui gouverne l'univers tout entier. Cela signifie que les principes du droit naturel, bien qu'accessibles à la raison humaine, tirent leur origine ultime et leur autorité de la volonté divine. Cette conception élargit considérablement la portée du droit naturel, le situant dans un cadre cosmique et salvifique où l'ordre naturel reflète l'ordre divin.

D'Aquin met en avant la capacité de la raison humaine à discerner les préceptes de la loi naturelle. Selon lui, même si ces principes ont une source divine, ils sont inscrits dans la nature de l'homme de telle manière que la raison, en observant la finalité et les inclinations naturelles des êtres, peut identifier les comportements justes et les devoirs moraux. Cette approche accorde une grande confiance en la capacité humaine de connaître le bien et d'agir en conséquence, en harmonie avec les desseins divins.

Dans la pensée de Thomas d'Aquin, les préceptes du droit naturel ne sont pas de simples commandements extérieurs mais des orientations qui correspondent à la nature profonde de l'homme et à ses aspirations fondamentales. Ils guident l'individu vers sa fin ultime, qui est la béatitude ou la réalisation complète de son être, tant sur le plan naturel que surnaturel. Cette vision intègre la loi naturelle dans un projet plus vaste de perfectionnement humain, où la moralité et la spiritualité se rejoignent.

Le travail de Thomas d'Aquin sur le droit naturel au Moyen Âge a donc marqué un tournant dans l'histoire de la pensée occidentale, en établissant des fondements solides pour les discussions ultérieures sur la justice, les droits, et la morale, et en tissant un lien indissoluble entre la raison, la nature, et le divin dans la quête humaine du bien et de la vérité. Évidemment, pour nous jusnaturalistes du XXIème siècle, la perspective thomiste reste quelque peu friable en ce sens qu’elle repose toujours sur une conception divine, là où la logique devrait la supplanter.

C. Renaissance

La Renaissance, période de renouveau intellectuel et culturel en Europe, a marqué un tournant décisif dans l'histoire de la pensée sur le droit naturel, notamment à travers les contributions de penseurs tels que Hugo Grotius, John Locke et Jean-Jacques Rousseau. Chacun, à sa manière, a enrichi et complexifié (mais en même temps perverti, et vous verrez pourquoi) la compréhension du droit naturel, ouvrant la voie à des développements ultérieurs dans la théorie politique et juridique.

Hugo Grotius, souvent considéré comme le père du droit international moderne, a joué un rôle crucial dans l'extension de la philosophie du droit naturel au-delà des frontières des États-nations. Dans son œuvre majeure, "Le Droit de la guerre et de la paix", Grotius soutient que les lois naturelles, découvertes par la raison humaine et indépendantes de toute spécificité religieuse, s'appliquent à l'ensemble de l'humanité, y compris dans les relations entre les nations. Pour Grotius, ces principes universels forment la base d'un ordre juridique international qui régit la conduite des États, même en l'absence d'une autorité supranationale. Cette vision a profondément influencé la formation du droit international, insistant sur la possibilité d'une justice transcendantale régissant les affaires mondiales.

John Locke, avec son œuvre influente, notamment le "Deuxième traité du gouvernement civil", a apporté une contribution significative à la théorie du droit naturel en soulignant l'importance des droits fondamentaux à la vie, à la liberté et à la propriété. Locke considère ces droits comme inhérents à l'état de nature et estime qu'ils doivent être préservés par le gouvernement. Cette conception lockéenne des droits naturels comme préalables et limités à l'autorité politique a jeté les bases philosophiques des démocraties libérales modernes (du moins, ce qu’on nomme comme tel), soulignant le rôle du gouvernement comme protecteur des droits individuels.

Jean-Jacques Rousseau, bien que postérieur à la Renaissance, a également contribué de manière significative à la réflexion sur le droit naturel avec son concept de contrat social, mais ce coup-ci, dans le mauvais sens du terme. En fait, Rousseau propose une vision où les individus, en entrant en société, s'accorderaient sur certaines conventions et lois pour le bien commun, tout en préservant leur liberté naturelle. Sa notion de volonté générale, qui cherche à exprimer l'intérêt collectif, a suscité des débats sur la tension entre les droits individuels et les exigences de la communauté. Les libertariens font partie des critiques du rousseauisme, puisqu’il a insufflé cette idée fallacieuse de lien entre les citoyens et l’État, alors même qu’aucun contrat n’est jamais signé entre eux.

Ainsi nous le constatons, bien que les théories de Grotius et de Locke soient incomplètes et que celle de Rousseau tape tout bonnement à côté, elles représentent des étapes importantes dans l'évolution de la pensée sur le droit naturel. Chacun, à sa manière, et tout particulièrement Locke, a contribué à renforcer les bases du droit naturel ou nous a aidé à réfuter ce qui ne pouvait pas en faire partie. Il est crucial de reconnaître les "erreurs conceptuelles" des théories passées comme des étapes nécessaires du développement continu de la philosophie jusnaturaliste. C'est en dialoguant avec ces héritages et en les critiquant que nous pouvons espérer affiner notre compréhension du droit naturel et ses applications dans le monde moderne.

D. Siècle des Lumières

Kant a proposé une approche de la morale et du droit en affirmant que la capacité de raisonner devait être le fondement de toute action éthique. Contrairement aux conceptions antérieures du droit naturel qui se concentraient principalement sur l'existence de droits et de devoirs dérivés de la volonté divine, Kant a placé l'impératif moral au cœur de sa philosophie.

Au centre de la pensée kantienne se trouve l'impératif catégorique, une règle morale universelle qui exige que les individus agissent de manière à ce que la maxime de leur action puisse être élevée au rang de loi universelle. Cela signifie que les actions ne doivent pas seulement servir les intérêts personnels, mais doivent être justifiables comme principes applicables à tous. Par exemple, la vérité et la promesse doivent être respectées, non pas en raison de leurs conséquences pratiques, mais parce qu'elles constituent des principes moraux universels qui, s'ils étaient violés, entraîneraient une contradiction logique et un monde incohérent.

Pour Kant, cette loi morale universelle forme le socle de la justice et des droits naturels. Les droits et les devoirs ne découlent pas simplement de conventions sociales ou de lois positives, mais sont ancrés dans cette exigence morale universelle. La justice, selon Kant, est donc intrinsèquement liée à la rationalité et à l'autonomie de l'individu, qui doit agir non pas en fonction des désirs ou des inclinations, mais en vertu de principes rationnels et universels.

Cette conception kantienne a élargi le champ d'application du droit naturel en soulignant l'importance de la dignité humaine et de l'autonomie. Chaque individu, en tant qu'être rationnel, est vu comme une fin en soi, et non comme un moyen au service des fins d'autrui. Cela implique un respect inconditionnel de la personne humaine et de ses droits fondamentaux, qui doivent être préservés indépendamment des circonstances.

Hélas, malgré ces avancées certaines, Kant non plus n’a pas su couvrir avec exactitude le droit naturel, notamment en se concentrant sur la moralité universelle et l'impératif catégorique, sans réellement saisir l'importance de la propriété privée. Les droits de propriété ne sont pas simplement des constructions morales, mais découlent directement de la nature de l'être humain et de son besoin d'utiliser des ressources pour survivre et prospérer.

L'approche kantienne manque aussi l'individualisme méthodologique, c’est-à-dire la reconnaissance du fait qu’il n’y a sur Terre que des individus agissants disposant d’une souveraineté propre. Bien que Kant valorise l'autonomie, son cadre moral repose sur des principes universels qui doivent être adoptés par tous. Mais cela pourrait nous faire reprocher à Kant une forme de morale parasitaire qui pourrait entraver la liberté individuelle en imposant des devoirs moraux universels.

Enfin, Kant reconnaissait encore un certain rôle pour l'État, notamment dans l'application du droit et la garantie des libertés civiles, tandis que les libertariens modernes dont nous parlerons juste après, adoptent une position radicalement anti-État, c’est-à-dire anarchiste. Nous pourrions dire de la philosophie kantienne qu’elle ne disqualifie pas l’État ni ne met en garde contre ses dangers en tant qu'entité violente contre le droit naturel des individus.

E. Époque contemporaine

Dans le paysage intellectuel contemporain, Murray Rothbard émerge comme une figure centrale du mouvement libertarien, apportant une contribution significative à la philosophie du droit naturel. Son œuvre se distingue par une insistance particulière sur la primauté des droits de propriété privée, qu'il considère à juste titre comme le fondement même du droit naturel et de l'ordre social.

Pour Rothbard, les droits de propriété ne sont pas simplement une question juridique ou économique, mais la pierre angulaire de la liberté. Il soutient que tous les droits humains peuvent être compris comme des extensions du droit fondamental de propriété, débutant par la propriété la plus primaire, celle du corps humain. Ainsi, la liberté individuelle est intrinsèquement liée au droit de contrôler et d'aliéner sa propre propriété sans interférence extérieure.

Rothbard place la liberté individuelle au cœur de son analyse du droit naturel. Il considère que chaque individu est souverain sur lui-même, possédant une liberté innée qui doit être préservée contre toute forme d'intrusion ou d'agression. Cette vision s'ancre dans l’éthique de la non-agression, stipulant que nul ne peut légitimement initier la force contre un autre individu ou ses propriétés.

L'éthique de la non-agression est cruciale dans la pensée rothbardienne et sert de principe directeur dans l'interaction sociale et le cadre juridique. Rothbard affirme que la seule loi nécessaire pour une société juste est celle qui interdit l'agression contre la personne ou la propriété d'autrui. Ce principe sert non seulement à définir les limites de l'action morale mais aussi à établir un cadre pour la résolution des conflits et la mise en place de la justice.

Rothbard va plus loin en affirmant la souveraineté de l'individu comme un pilier de l'ordre social et juridique. Cette souveraineté implique que chaque personne a le droit de vivre sa vie comme elle le souhaite, tant qu'elle ne viole pas les mêmes droits chez autrui. Cela conduit à une vision de la société où les interactions volontaires et les échanges mutuellement bénéfiques forment la base de l'ordre social, contrairement à l'interventionnisme étatique et aux impositions collectives.

En insistant sur ces principes, Rothbard a non seulement contribué à la théorie libertarienne mais a également revitalisé le débat sur le droit naturel dans le contexte contemporain. Il a défié les approches positivistes et collectivistes du droit et de la gouvernance, rappelant aux sociétés modernes l'importance des principes fondamentaux de propriété et de justice qui transcendent les époques et les cultures.

II. Définition et utilité du droit naturel

A. Définition du droit naturel

Le droit naturel est lié à la reconnaissance mutuelle entre les êtres humains. En effet, la notion de droit naturel émerge dès que deux individus interagissent, ce qui souligne la nécessité des relations humaines dans la formation des normes éthiques et juridiques. Cette reconnaissance mutuelle est le terreau sur lequel la liberté prend racine, suggérant que la coexistence pacifique et respectueuse est non seulement possible mais préférable. La préférence innée pour la coopération sociale plutôt que pour le conflit, guidée par la raison, témoigne de notre tendance naturelle à rechercher l'harmonie et l'entente mutuelle.

Le droit naturel est une convention sociale qui prend la forme d’un accord entre hommes civilisés, et suggère que les normes et les principes qui en découlent ne sont pas imposés de l'extérieur mais émergent organiquement des interactions sociales. Cette perspective le positionne comme un principe organisateur universel, transcendant les différences culturelles et historiques pour établir un cadre de justice et de moralité partagé. L'adoption de ce cadre permet aux sociétés de fonctionner de manière plus harmonieuse, en permettant à tous les intérêts individuels d’exister.

Murray Rothbard, en définissant le droit naturel comme une éthique minimale, souligna l'importance du principe de non-agression, central dans cette éthique. Il stipule que les agressions, définies comme toute initiation de force contre des personnes ou leurs propriétés, sont éthiquement inacceptables. Ce principe simple sert de fondement à des déductions logiques étendues concernant les droits de propriété et les interactions sociales, afin de permettre la paix sociale entre individus.

La distinction entre la justice de réparation, inhérente au droit naturel, et la justice punitive, associée aux systèmes judiciaires étatiques, est un autre enjeu de taille qu’il me faut aborder. Alors que la justice d’État se concentre sur la punition du transgresseur, la justice de réparation cherche à rétablir, dans la mesure du possible, l'état antérieur à l'agression manifestée. Cette forme de justice est fondée sur un seul principe directeur : "rendre à chacun son dû". Il vise à réparer les torts plutôt qu'à infliger des peines.

B. Utilité du droit naturel

Le droit naturel offre un cadre éthique universel pour l'organisation des sociétés humaines. En se fondant sur le principe de non-agression, le consentement et la contractualisation privée, le droit naturel sert de guide pour établir des règles et accords qui respectent les droits de propriété individuels. Cette base permet de créer un environnement social où les individus peuvent coexister pacifiquement, poursuivre leurs objectifs personnels et contribuer à l’enrichissement de tous.

Ensuite, dans un monde marqué par la pénurie de ressources tangibles, les conflits d'intérêts sont inévitables. Le droit naturel joue un rôle essentiel dans la résolution de ces conflits en établissant des règles claires concernant les droits de propriété et les transactions volontaires. En reconnaissant et en faisant respecter ces droits, le droit naturel permet une allocation efficace des ressources, minimisant ainsi les sources de friction sociale et favorisant la coopération.

Les droits de propriété sont au cœur de la théorie du droit naturel, considérés comme inaliénables et fondamentaux pour la liberté individuelle. En défendant le droit de chaque personne à posséder et à contrôler ses biens, le droit naturel protège l’individu de l’arbitraire. Cette protection des droits de propriété est essentielle pour stimuler l'innovation, l'investissement et le développement économique, contribuant ainsi à la prospérité générale de la société.

Le droit naturel nous permet aussi d’évaluer la justice d’État et les lois en place. En se posant comme universel et juste, il permet de remettre en question et de critiquer les lois d’État qui violent nos droits de propriété. Cette fonction critique est indispensable pour prévenir des abus de pouvoir, protéger nos droits de propriété et faire promotion d’une nouvelle forme de gouvernance, fondée sur le droit privé.

D’ailleurs, Hans-Hermann Hoppe a mis en lumière le concept de décivilisation, résultant du remplacement progressif du droit naturel par le droit positif, où les règles sont dictées par l'autorité de l'État plutôt que par le droit naturel et ses dérivés sous forme de contrats privés. Ce processus mène à l'érosion des rapports sociaux et donc à l'augmentation des conflits et à la détérioration de la cohésion sociale. En rappelant l'importance du droit naturel, on souligne la nécessité de préserver ces principes pour maintenir et enrichir la société.

Bien que le droit naturel puisse sembler en retrait face aux tendances centralisatrices et interventionnistes de l'État moderne, sa pertinence et sa nécessité restent intactes. Il est crucial de redécouvrir et de réaffirmer les principes du droit naturel, non seulement comme fondement théorique mais aussi comme outil pratique pour défendre nos droits de propriété, promouvoir une justice de réparation et initier les individus au fonctionnement d’une société libre et prospère. En se réappropriant ces principes, les individus peuvent contribuer à inverser les tendances de la décivilisation et œuvrer à la (re) construction d'un avenir radieux.

III. Fondements épistémologiques du droit naturel

La compréhension du droit naturel nécessite d'explorer ses bases épistémologiques. Pour rappel, l’épistémologie est la philosophie des sciences, et nous nous en servons pour justifier ce sur quoi repose la connaissance que nous exploitons. Cette exploration nous amène à considérer le rôle de la raison ainsi que la manière dont le droit naturel répond aux critiques contemporaines et s'applique dans les débats modernes.

A. La raison

Les fondements du droit naturel reposent sur la capacité manifestée de la raison humaine à identifier et à comprendre des principes éthiques et juridiques universels, qui ne sont pas le produit de conventions sociales, de traditions culturelles ou de législations particulières, mais qui émanent de la réalité.

Cette perspective suggère que, malgré la diversité des cultures, des époques et des systèmes de gouvernance, il existe des normes de justice et de moralité qui sont accessibles à tous les êtres humains par l'exercice de leur raison.

Cette capacité de la raison à discerner le droit naturel implique que son existence n’est ni arbitraire ni relative, mais bien enracinée dans la raison comme une évidence (d’où le fait qu’on parle de principe apodictique) et comme un état de fait fondamental à l'expérience humaine commune.

Le renforcement épistémologique le plus récent du droit naturel fut apporté par Hans-Hermann Hoppe par son axiomatique de l’argumentation. Hoppe révèle que le simple fait d’être en échange et de dialoguer sans entrer en coercition démontre notre préférence pour la civilité, plutôt que pour l’agression. En fait, le simple fait que l’on discute démontre l’existence du droit naturel, que les hommes s’accordent entre eux.

B. Critique et réponses

Le droit naturel est depuis toujours soumis à diverses critiques, notamment à l’accusation de relativisme culturel, qui soutient que les valeurs et les principes éthiques varient significativement d'une culture à l'autre. Certains avancent aussi le scepticisme, en disant qu’il doute fort que la raison puisse accéder à des vérités universelles.

En réponse à ces critiques, les défenseurs modernes du droit naturel affirment que, malgré la diversité des expressions culturelles, il n’est pas possible de nier l’existence du droit naturel sans tomber une contradiction performative. En effet, le simple fait de dire que “le droit naturel n’existe pas” alors même que l’on est en train d’accorder sa liberté à la personne qui nous fait face n’est pas cohérent.

Ensuite, la capacité de la raison à discerner des vérités apodictiques, évidentes d’elles-mêmes, est une caractéristique intrinsèque de l'être humain car il dispose de la raison. Poser apriori (avant expérience) des principes corrects transcende les contextes culturels et historiques. La logique ne s’embarrasse pas de l’expérience à répétition, tout comme vous n’avez pas besoin de vérifier tous les triangles du monde pour être absolument certain qu’ils ont tous trois côtés.

Enfin, notre défense s'appuie sur l’argument philosophique qui met en avant l'existence de certaines préconditions à la communication, à la coopération sociale, et à la recherche de la justice, préconditions qui supposent l'acceptation de certains principes moraux fondamentaux disséminés dans l’échange même. En clair, lorsque vous échangez, vous démontrez encore une fois l’acceptation de normes sous-jacentes à votre échange et notamment le fait de ne pas s’agresser. Ainsi, même dans un monde marqué par la diversité culturelle, le droit naturel s’impose comme un cadre commun pour la coopération sociale, la gestion et la résolution de conflits.

C. Le droit naturel dans le contexte contemporain

Loin d'être une relique du passé, le droit naturel demeure une source vivante de réflexion éthique et juridique, appelant à une considération constante des principes fondamentaux qui devraient guider les actions humaines et les structures sociales puisque ses fondations épistémologiques et philosophiques sont correctes.

Dans le contexte contemporain, où les questions de droits de l'homme et de justice occupent le champ des idées, le droit naturel sert de fondement à l'argumentation en faveur d’une norme universelle de droit et de justice. Il offre une base extrêmement solide pour contester les législations qui violent notre droit naturel en permanence.

Le droit naturel fournit également un cadre pour aborder les défis émergents du XXIe siècle, telles que les questions liées à l’écologie, à la natalité ou à l’intelligence artificielle (pour ne citer que ces thèmes), puisqu’il suppose que les hommes sont capables de négocier leurs droits de propriété. En effet, le droit naturel peut prendre toutes les expressions possibles sous forme de contrats privés dans la réalité pour négocier nos droits de propriété.

Conclusion

Le droit naturel a évolué depuis l’Antiquité, et les penseurs d’exception qui l’ont pensé nous lèguent aujourd’hui une théorie du droit naturel d’une robustesse épistémologique sans précédent. Le droit naturel, comme manifestation de notre existence sociale et principe supérieur accessible à la raison, nous offre une perspective unique pour naviguer dans le paysage politique actuel et pour détruire méticuleusement les positivistes juridiques qui gangrènent la scène des idées. Il est une chose que le droit naturel existe et soit correctement théorisé, il en est une autre de rvépandre sa vérité partout où nous le pouvons.


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