“Tu n’es pas libre. Tes choix sont une illusion.”
Certains nous le répètent partout comme une vérité scientifique incontestable. Laissez-moi vous démontrer l’inverse : le libre arbitre est indépassable.
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Ce fil s’inscrit dans un cadre d’analyse sociale. Je le précise d’entrée de jeu pour les alter-comprenants tentés d’aller recadrer le propos depuis un autre paradigme. Certes, toute les recherches menées en d’autres domaines sur le sujet sont éminemment utiles et respectables. Cependant, nous n’étudions pas la même unité de base. Vouloir invalider une analyse de l’action sociale par des données neurophysiologiques (ou par une quelconque autre voie) constituerait une grave confusion épistémologique.
Mon cadre épistémologique est celui de la praxéologie, c’est-à-dire l’étude de l’action humaine en société. Or, une telle démarche doit impérativement postuler le libre arbitre comme condition de l’action. En sciences sociales, nous traitons l’être humain différemment des objets physiques, les outils de la physique étant inopérants pour comprendre l’agir social. En fait, les sciences naturelles étudient les relations de causalité (”A entraîne B”) quand la praxéologie étudie les relations de finalité (”L’homme choisit A pour atteindre B”).
Si l’on refuse de postuler cette Liberté, les sciences sociales s’effondrent instantanément. Si l’homme n’est qu’un automate régi par des réflexes ou piloté par une entité externe, alors le droit comme l’économie seraient des branches de la physique ou de la chimie. La vérité, c’est que nous n’observons pas des molécules s’entrechoquer, mais des volontés qui coopèrent.
Je souligne par ailleurs la contradiction performative inhérente à la réfutation du libre choix : quiconque tente de le nier par l’argumentation doit lui-même choisir ses mots pour nous convaincre, confirmant par sa propre action la souveraineté de sa volonté. L’action intentionnelle est bien inévitable. Elle est le socle logique de toute vie sociale.
Si tout était strictement déterminé, même l’argument déterministe n’aurait aucune valeur de vérité. Il s’agirait simplement d’un effet causal parmi d’autres sans portée épistémique. Même les arguments des déterministes compatibilistes (”on est libre quand on agit selon ses désirs, même si ces désirs sont déterminés”) ne changent rien au fond. L’agir social est constaté, d’où qu’il vienne.
Alors peu importe alors que nos neurones obéissent à des lois physiques, que nos choix soient “déjà écrits” par “je ne sais qui/quoi” ou que vous soyez à la pointe de la recherche en neurosciences sur le sujet. Cela ne change rien au propos tenu, dans son cadre social. L’être humain agit déjà comme s’il était libre. Il est contraint de classer ses préférences et de choisir les moyens les plus adaptés pour atteindre ses fins.
L’argument des influences diverses (suggestions du quotidien, traumatismes, contexte social, etc) ne réfute par ailleurs en rien la praxéologie et le choix observable. La motivation d’une action n’est pas la capacité d’agir. Ce sont deux notions distinctes. Le parcours individuel colore indéniablement le contenu de nos préférences, mais ils ne suppriment ni l’impulsion intérieure, ni le besoin d’action, ni sa structure logique.
Rien ne peut “annuler” notre libre choix. Que je choisisse une pomme parce que je suis affamé (cause plutôt biologique) ou parce que j’aime sa couleur (cause plutôt esthétique) ne change rien. J’ai dû agir pour m’en saisir. Les données du réel sont une chose, le traitement interne que nous devons effectuer avant de passer à l’acte en est une autre.
Même en admettant un déterminisme théorique parfait, personne (ni vous, ni moi, ni un neuroscientifique, ni une super-intelligence artificielle, etc) n’est capable de prédire avec certitude les choix d’un individu lors de situations complexes et surtout, changeantes. Le déterminisme reste inutilisable en pratique.
D’un point de vue juridique, l’absence de libre choix fait voler en éclat toute notion de responsabilité. En clair, si personne n’est libre alors personne ne peut être tenu responsable de ses actes. Et sans responsabilité, le droit de propriété, les contrats ou la justice perdent toute base logique cohérente.
Pourquoi sanctionner un criminel si son acte était inévitable ? Pourquoi honorer un contrat si les parties n’étaient pas libres de le conclure ? Le déterminisme devient même une arme rhétorique pour des personnes cherchant à déresponsabiliser les individus. Il permet d’excuser les gens violents (”c’est la société”, “c’est son enfance”, etc) et de justifier l’intervention d’État pour “résoudre” le problème (déterminée, elle aussi ?).
En bref, celui qui traite des phénomènes sociaux n’a pas besoin de s’aventurer sur le terrain déterministe. Il voit que l’homme agit comme seul propriétaire légitime du véhicule physique qu’est son corps. Le reste est superflu. Terminons avec cette jolie phrase de Viktor Frankl (psychiatre rescapé des camps de concentration nazis).
“ Tout peut être arraché à un homme sauf une chose : la dernière liberté humaine de choisir son attitude devant n’importe quelle situation.”
Merci pour votre temps, et à très vite !






