Pourquoi l’égalitarisme persiste-t-il malgré ses scandales et ses échecs ? Comment le contrer ?
Ce sera l’objet de cet article.
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Il y a plus de 50 ans, Murray Rothbard publiait l’excellent recueil de textes « Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Other Essays ». À ce jour, cette idéologie égalitariste reste dominante en Occident. Ni les milliards gaspillés, ni les fraudes massives, ni les échecs patents ne l’entament. Pourquoi donc ?
Parce que l’égalitarisme n’est pas un simple programme politique : c’est une vision morale du monde qui a su conquérir de très nombreux esprits à travers le temps. Étudions la chose d’un peu plus près, avant d’émettre une critique et de proposer une voie de sortie. Je m’appuierais en partie sur l’ouvrage de Murray Rothbard, et sur des réflexions plus personnelles.
L’égalitarisme fait généralement référence à un spectre qui va de l’inégalité des chances (”de départ”) à l’inégalité des conditions (”de résultats”). L’inégalité des chances désigne des disparités initiales telles que le milieu social d’origine, le patrimoine hérité ou l’accès à l’éducation. L’inégalité des conditions concerne les écarts mesurables en termes de revenus/patrimoine, voire de statut social entre les individus.
Quoiqu’il en soit, l’égalitarisme nécessite un État très présent pour exister : redistribution élevée, réglementations, quotas, subventions, etc. Cette idéologie est ainsi totalement incompatible avec la Liberté car elle viole la propriété privée. Je sais bien que la volonté sous-jacente des égalitaristes de bonne foi n’est pas tant “l’égalité” que l’amélioration des conditions de vie des plus démunis. Nous le voulons tous. Simplement, certains ont compris les mécanismes du marché libre et comment y arriver.
D’abord, quelques exemples français.
- le système des retraites par répartition (~390 à 410 milliards €) : aucune épargne n’est conservée ni investie, l’argent étant instantanément confisqué pour être consommé par les retraités actuels dans une chaîne de Ponzi. Ce système est égalitariste car il nationalise l’épargne pour appliquer le dogme de la socialisation des revenus et favoriser soit disant protection des anciens à travers la solidarité nationale.
- le monopole de l’Éducation Nationale (~190 à 197 milliards €) : censé garantir l’égalité des chances, c’est un naufrage total acté par tous les classements internationaux (PISA). Ce système est aussi égalitariste puisqu’il utilise un monopole d’État pour favoriser l’uniformisation des esprits et des parcours.
- les minima sociaux (RSA, Prime d’activité, APL, etc. : ~55 à 60 milliards €) : l’État confisque directement la richesse des producteurs pour la redistribuer sous conditions de ressources. Au-delà du vol fiscal, ce mécanisme détruit l’incitation économique en créant des “trappes à inactivité”. Encore de l’égalitarisme de résultats en volant la propriété privée pour effectuer des transferts d’argent.
Ça fait déjà beaucoup là, non ?
L’égalitarisme est donc non seulement dispendieux, mais il est surtout indéfendable parce qu’il nie la diversité et l’inégalité des individus en violant leurs droits naturels. Pour Rothbard, l’Humanité est caractérisée par une infinie variété de talents, de capacités, de goûts, d’ambitions ou de choix personnels. Dès lors, vouloir réduire des inégalités décrétées entre des êtres hétérogènes est un projet contre-nature qui exige le recours à une violence permanente contre la propriété privée.
Pour rendre davantage égaux des individus qui ne le sont pas, l’État est obligé de brimer ceux qui produisent, de subventionner l’irresponsabilité et de standardiser l’Humanité. L’égalitarisme ne laisse pas faire dans le respect des droits naturels, il impose un certain usage du corps et des ressources pour conformer le réel à son utopie.
Pour l’égalitariste, votre propriété n’est jamais pleinement vôtre. Si vos talents vous permettent d’accumuler plus de richesses (en revenus et/ou patrimoine) que la moyenne, l’État s’octroiera le droit de vous spolier davantage pour redistribuer le fruit de votre labeur. Vous ne vous appartenez plus, vous devenez de fait propriété partielle du corps social, corvéable à souhait pour combler certains écarts jugés injustes.
Pourquoi cet aveuglement malgré la corruption engendrée par l’égalitarisme, son injustice contre l’individu, et son inefficacité globale ? Parce que l’égalitarisme n’est pas une idéologie comme les autres, c’est une évidence morale. Les inégalités sont mauvaises. Questionner cet objectif n’est pas une option. L’égalitarisme est le cadre moral absolument dominant de l’époque, qui avale le plus souvent ceux qui tentent de s’y opposer.
Il ne suffit pas de montrer des scandales et des échecs de l’égalitarisme d’État. C’est une chose, mais bien insuffisante. Il faut qu’un nouveau cadre moral et philosophique le remplace : Rothbard défendait à ce titre l’éthique de non-agression et la propriété privée. Avec ce cadre juridique vient toujours une discipline morale et certaines attitudes vis-à-vis du corps social. Quand n’y a plus d’État-providence pour collectiviser les pertes, éponger certaines dettes ou subventionner l’irresponsabilité, chacun subit le coût de ses actes.
Les comportements destructeurs sont alors lourdement sanctionnés par la faillite, le boycott ou la sale réputation. Pour prospérer dans un marché libre, l’individu est obligé de cultiver des vertus de prévoyance, de tempérance, de parole donnée, etc. La propriété filtre naturellement les bons comportements. La solidarité redevient par ailleurs une vertu organique. Elle s’organise à travers la famille, les centres religieux, les mutuelles, les réseaux locaux, etc. L’ordre moral libertarien rend la prédation insoutenable.
De leur côté, les égalitaristes doivent justifier rationnellement leur position initiale : pourquoi les différences entre individus, naturelles ou économiques, seraient-elles injustes ? Qu’ils nous expliquent la validité éthique et logique de ce cadre. Je parle d’une justification philosophique qui tienne debout. Que cela veut-il dire ? Produire un raisonnement rigoureux qui ne comporte aucune contradiction interne et qui soit universalisable.
C’est ce caractère d’indéfectibilité logique et d’universalisme qui sépare une philosophie du droit valide d’un caprice idéologique, ou d’une opinion de comptoir. Ce qui ne peut être justifié de la sorte est un privilège, une agression déguisée. Si l’on affirme donc que la redistribution est nécessaire alors que celle-ci implique de prendre à Paul pour donner à Pierre, la propriété de Paul est violée et celle de Pierre artificiellement valorisée. La règle s’effondre d’elle-même, car si tout le monde vole tout le monde, la notion même de propriété disparaît, et rend la redistribution impossible à son tour.
Il est crucial qu’un raisonnement soit fondé ainsi, sur des principes premiers irréfutables. C’est le seul moyen d’obtenir une objectivité éthique. Le droit est universel, symétrique et intersubjectivement vérifiable via l’argumentation (cf. axiomatique de l’argumentation de Hoppe). Le principe de non-agression libertarien est une véritable règle de droit, car personne n’est agressé quand elle est respectée. Alors que si l’on prétend qu’un groupe de personnes possède des droits que d’autres n’ont pas (selon préférences), on quitte le domaine du droit pour entrer dans celui de la force.
Sans cette rigueur, la justice devient une notion purement arbitraire, malléable au gré des rapports de force politique et des majorités du moment. Jusqu’à preuve du contraire, l’égalitarisme est incapable d’établir une éthique sans agresser certaines personnes pour en favoriser d’autres. Rothbard nous invite donc à insister sur les racines philosophiques et morales, tout en refusant catégoriquement d’accepter le cadre moralisateur égalitariste.


